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La distinction corps-esprit est-elle encore valable aujourd’hui?

Le fameux « Mind-Body Problem » offre sans contredit au philosophe actuel une des problématiques les plus riches et les plus discutées, notamment du fait de son interdisciplinarité. Longtemps une chasse gardée de l’analyse philosophique et théologique, l’âme ou l’esprit se sont vus de plus en plus investis comme objet de recherche par les sciences empiriques. C’est donc avant tout au regard des avancées récentes dans le domaine des neurosciences, où l’on considère généralement les actes mentaux comme étant réductibles à des faits psychophysiques, que la question de la distinction entre corps et esprit se pose actuellement. Cette réduction est-elle valide ? La science peut-elle avoir le dernier mot sur ce thème, qui a été reconnu par le passé pour ses implications tant épistémologiques qu’éthiques ? Car, au fond, la science semble bien « fonctionner » et ce, sans avoir à utiliser ces catégories distinctes. Ainsi, le besoin même de la distinction, pour des fins explicatives, semble dépassé. Mais ces catégories pourraient-elles encore apporter quelque chose de plus à notre compréhension de nous-mêmes et du monde ? Des arguments proprement philosophiques ou, même, métaphysiques devraient-ils avoir préséance sur les arguments scientifiques fondés sur l’empirie ? La question, épistémologique et pratique, nous amène aussi inéluctablement sur le terrain anthropologique : l’humain est-il ou a-t-il un corps ? S’il a un corps, qu’est-il donc de plus ? Bref, que sont aujourd’hui corps et esprit et quelle est la nature de leur lien ?

Quatre auteurs nous présentent des perspectives différentes pour aborder ces problèmes. En premier lieu, LOUIS-PHILIPPE DEMARS s’intéresse à la source même du dualisme corps-esprit tel qu’on l’a compris dans la modernité, soit à la conception cartésienne du corps et de l’âme. En parcourant les différents aspects du problème chez Descartes et en analysant les arguments (et contre-arguments) se rapportant au dualisme, il est amené à rejeter une distinction réelle entre le corps et l’esprit, et à supporter les conclusions de la science. En deuxième lieu, RAPHAËL SIMARD, s’en prenant aussi au dualisme, adopte cependant un autre angle d’attaque en montrant que la réduction matérialiste s’opère à l’intérieur d’une compréhension particulière du monde, de laquelle l’on doit prendre conscience en la rendant explicite et à laquelle il serait alors possible d’opposer une autre compréhension, spiritualiste cette fois. Il tente donc de faire valoir les droits d’un monisme de l’esprit comme solution aux difficultés du dualisme corps-esprit. En troisième lieu, DENIS COURVILLE se penche sur la distinction dans le cadre de la phénoménologie husserlienne, telle que développée dans les Méditations cartésiennes. Ce faisant, il fait ressortir une tension entre les subjectivités transcendantale et charnelle, entre un point de vue opérant la distinction corps-esprit en se concentrant sur une conscience désincarnée et un autre où l’ego se présente avant tout comme corps-chair. L’ambiguïté du corps, à la fois objet et chair, si elle ne rend pas la réponse aisée, offrirait néanmoins une perspective différente pour aborder la question posée. En quatrième lieu, GABRIEL BERGEVIN-ESTABLE nous propose une perspective issue de la Chine antique, alors qu’il met en dialogue les idées-forces du texte fondateur de l’école daoïste, le ZhuangZi, avec les conceptions occidentales usuelles du corps et de l’esprit ; et ce, afin de dégager, dans les disciplines théorétiques et pratiques, les modalités selon lesquelles peut s’appliquer ou non la distinction corps-esprit. S’inspirant donc des enseignements du ZhuangZi, l’auteur cherche à montrer l’inéluctabilité de cette distinction pour les sciences noétiques contemporaines qui, pour celui-ci, voudraient bien faire abstraction de l’esprit pour ne conserver que le corps.

DOMINIC CLICHE
JULIEN DELANGIE