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Table des matières

Dossier : Questions d’esthétique

L’art et la question du jugement esthétique dans la philosophie d’Ernst Cassirer
ÉTIENNE BROWN

Hegel, l’art et le problème de la manifestation : l’esthétique en question
SCHALLUM PIERRE

 Entre langage et peinture : Louis Marin et la question de la représentation
SOPHIE MARCOTTE CHÉNARD

Modernité, musique et atonalisme : entre l’esthétique de la rupture et la recherche de points de repère
SOPHIE MARCOTTE CHÉNARD

Commentaires

La vérité affective chez Michel Henry
ÉTIENNE GROLEAU

Comment distinguer le rêve de la veille : la solution de F. H. Jacobi
PIERRE-ALEXANDRE FRADET


Questions d’esthétique

En formant le néologisme « esthétique » et en présentant, sous le même titre d’Esthétique (Æsthetica, 1750-58), une théorie générale de la connaissance sensible, Baumgarten établissait la réflexion philosophique sur l’art, d’une part, comme discipline scientifique, mais surtout, d’autre part, comme discipline autonome. Le Beau se trouve alors circonscrit, comme objet de l’esthétique, comme un objetsui generis, propre en son genre, distinguant du même coup une série d’autres perspectives d’analyse du phénomène artistique (historiques, critiques, épistémologiques, etc.). Or, si l’esthétique se donne ainsi un objet propre, en dessine les contours, l’art lui-même se trouve aussi à s’autonomiser, du moins au sein du courant contemporain, et à privilégier, dans une tendance au formalisme ou au populisme, un art par delà le Beau. De ce fait, paradoxalement, l’art se trouve, pour l’esthétique qui tente de le comprendre et de le saisir comme objet, de plus en plus intrinsèquement lié à son extériorité : la tradition qu’il rejette, le contexte politique qu’il reflète, les normes esthétiques qu’il transgresse et repousse. De plus, le contexte socio-historique actuel place l’activité artistique et la réflexion esthétique, comme toute autre activité sociale, face à une demande constante de justification de la part de la société, en des termes universels et politiquement acceptables par tous. Ainsi se reposent les questions socio-historique (sur le rapport et l’apport de l’art à son temps), critique (sur la valeur de l’œuvre d’art) et épistémologique (sur la valeur cognitive de l’œuvre d’art). C’est à cet ensemble de questions que les articles qui composent le dossier du présent numéro tentent de répondre, à partir des angles d’approche qui leur sont propres.

Tout d’abord, Étienne Brown s’intéresse au concept de « forme symbolique » chez le philosophe néo-kantien Ernst Cassirer et à son application au phénomène esthétique. Après avoir reconstruit la conception cassirerienne de l’art comme forme symbolique – à travers laquelle l’esprit vise sa libération, passant d’une représentation primaire, mimétique du monde, vers une représentation empreinte de réflexivité –, l’auteur aborde la question critique et distingue deux critères orientant le jugement esthétique. Ensuite, Schallum Pierre aborde l’esthétique hégélienne, en commençant par examiner la signification de la mimésis chez Platon, Aristote et Plotin, pour ensuite montrer comment Hegel critique une conception de l’art comme mimésis (imitation) de la nature. L’auteur déploie les différents moments de la conception hégélienne de l’art comme processus de monstration de l’esprit dans le sensible, ou de manifestation de la vérité dans le monde, pour finalement se demander si elle peut nous éclairer sur la signification de l’art moderne, notamment celui de Klee et de Kandinsky. Les deux derniers textes du dossier sont signés par Sophie Marcotte Chénard. Dans un premier temps, elle analyse et évalue la tentative du théoricien et historien de l’art Louis Marin de fonder un discours qui rendrait compte des œuvres picturales sans leur imposer un langage qui leur serait purement hétérogène. L’auteure montre que cela est possible en considérant tant le tableau que le langage (discours sur le tableau) comme des systèmes de signes qui trouvent leur articulation dans la représentation, mais seulement au risque de subordonner l’œuvre picturale au langage. Dans un second temps, l’auteure s’intéresse à l’émergence de la musique atonale et, plus particulièrement, aux œuvres d’Arnold Schönberg et Pierre Boulez, qu’elle aborde sous le signe de la rupture tant esthétique que politique. Liée à son époque par une volonté d’appropriation du passé et de refondation en vue de l’avenir, la musique atonale aurait cependant failli à s’y ancrer réellement, selon l’auteure, en raison de son hermétisme.

DOMINIC CLICHE
JULIEN DELANGIE